Aller au menu principalAller au contenu

JOURNÉES EUROPÉENNES DU PATRIMOINE 2018

au
Tout public
Année européenne du patrimoine culturel 2018, l’art du partage

L’Europe est mouvement. L’historien français Jacques Le Goff écrit dans sa préface du livre Visions d’Europe que « L’histoire est mouvement. Au sein de ce mouvement, l’Europe est construction. Elle se fait lentement, dans la longue durée, comme toutes les créations historiques d’importance. ».

Partager le patrimoine entre Européens lors des Journées européennes du patrimoine, c’est permettre aux citoyens de mieux comprendre ce qui les rapproche en partageant des valeurs communes historiques et esthétiques dépassant les rivalités et les irrédentismes identitaires. Ces Journées européennes du patrimoine doivent célébrer avec force la construction de la grande Europe du patrimoine, cent ans après la fin du premier conflit mondial et la chute des empires, qui a engendré une nouvelle Europe des États.

Ces Journées européennes du patrimoine s’intègrent dans l’Année européenne du patrimoine culturel 2018.

La plupart des pays européens partagent le même découpage chronologique fondamental : la Préhistoire et ses grandes périodes, l’Antiquité, le Moyen Âge, les Temps modernes et la période contemporaine. Dans cette chronologie partagée, la circulation des idées, des artistes et des architectes a permis la création d’un cadre de vie présentant bien des similitudes sur tout le continent européen.

Si l’existence des grottes ornées paléolithiques rassemble les Européens de l’Ouest, le mégalithisme s’inscrit dans une révolution néolithique, venue d’Orient, progressant à travers toute l’Europe ; l’émergence des villes celtes, grecques, romaines et byzantines, aux confluents des routes commerciales maritimes et terrestres puis de la ville médiévale, engendrent progressivement de grands courants artistiques et architecturaux communs à de nombreux pays européens.

L’existence de ce patrimoine et de cette culture partagée, dont la langue latine a longtemps été l’un des ferments, de l’Antiquité au Moyen Âge et jusqu’aux humanistes, constitue un fondement de l’identité européenne, et donne aux citoyens européens le sentiment diffus d’appartenir à un même monde ; leur paysage quotidien se nourrit de repères patrimoniaux communs.

Les grands courants artistiques ont débordé les frontières des États, actuels ou anciens : l’Europe paléolithique s’incarne, entre autres, dans Lascaux et Altamira, l’Europe néolithique dans Stonehenge et Carnac, l’Europe gréco-romaine dans le Parthénon, le Colisée, le Pont du Gard ou le mur d’Hadrien.

Le cœur de l’Europe carolingienne est à Aix-la-Chapelle, et l’art roman rayonne très largement sur l’Europe méridionale, de l’Espagne à la Corse, pendant que le christianisme orthodoxe se déploie sur l’Europe orientale.

Les cathédrales gothiques sont particulièrement présentes en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne, puis la Renaissance s’étend depuis l’Italie.
Vienne, Versailles, Rome, Prague, Rundale et jusqu’aux châteaux « néo » de Louis II de Bavière, voient s’épanouir et rivaliser splendeurs baroques et grandeur classique.

Au XXe siècle, de la Riga d’Eisenstein à la Bruxelles d’Horta ou à la Barcelone de Gaudi, et à la Vienne du Bauhaus à celle de Mallet-Stevens et Le Corbusier, l’Art Nouveau, l’Art Déco puis le Mouvement moderne marqueront à leur tour une grande partie des pays européens.
Mais cet héritage commun admet d’importantes variations régionales. Les formes architecturales, les courants picturaux ou statuaires se déclinent différemment entre les pays, en fonction des matériaux disponibles, du contexte économique et des influences politiques.

L’ardoise, la tuile, la terre, la pierre, les essences de châtaigner, les bulbes dorés, les différents types de pierre, la brique donnent leur caractère aux édifices civils et religieux des différents pays ou régions.

Ces différences se nourrissent parfois d’apports extérieurs en particulier d’Al Andalus : l’art mozarabe prolonge, en Andalousie, les vestiges du califat de Cordoue, et la présence de l’Empire Ottoman dans les Balkans imprime durablement sa marque dans le paysage. Cette architecture « importée » apporte une note orientale à certaines régions européennes.

Le thème des Journées européennes du patrimoine appelle donc à une réflexion sur ce que les éléments du patrimoine national présentent de commun, et de spécifique, par rapport au reste du patrimoine du continent.

L’Europe du patrimoine, c’est aussi, comment ne pas le rappeler, pour cette année du centenaire de l’armistice, l’Europe de la mémoire, des crimes contre l’humanité, des guerres et des réconciliations.  Alésia, Azincourt, Pavie, Rocroy, Austerlitz, Waterloo, Sedan, Verdun, Auschwitz, Oradour, Varsovie, Coventry, Dresde, Mostar ou Sarajevo appartiennent, pour le meilleur et pour le pire, à notre patrimoine commun, et les témoignages matériels de ces conflits sont devenus des symboles de réconciliation et de paix entre les peuples européens. L’image de François Mitterrand et d’Helmut Kohl, main dans la main à Douaumont, près de Verdun, ou la visite du président allemand à Oradour-sur-Glane, en 2013, illustrent, entre autres, cette dimension mémorielle commune.

 

C’est encore l’Europe du sacré :

  • avec ses cathédrales gothiques comme Chartres, Canterbury, Séville, Florence, Strasbourg et Cologne, ses abbayes au rayonnement européen, comme Cluny, Fontevraud, Coimbra ou encore son architecture byzantine, avec Sainte-Sophie de Constantinople et les églises du Kremlin à Moscou, le Mont Athos et les monastères des Rhodopes en Bulgarie ;
  • avec ses synagogues et ses cimetières, en l’Europe de l’Est (Prague, Budapest, Vilnius, Cracovie, Berlin) et de l’ouest (Carpentras, Tolède...), repères de communautés vivantes ou témoignages douloureux d’une histoire faite de persécutions et d’expulsions ;
  • avec ses mosquées et palais en Espagne, en Bosnie, en Macédoine ou à Istanbul, avec ses monuments de l’Europe hors d’Europe, comme la mosquée de Tsingoni, édifice du XVIe siècle récemment classé au titre des monuments historiques, à Mayotte.

L’Europe du patrimoine, ce sont enfin les monuments emblématiques de la démocratie et de la construction européenne : la cité antique d’Athènes, les vestiges de l’Europe romaine, répandus dans toute l’Europe en deçà du Danube, les palais des Empereurs carolingiens, puis des empereurs romains-germaniques, la Magna Carta anglaise, la salle du Jeu de Paume à Versailles, la Déclaration des Droits de l’Homme et du citoyen et la Constitution polonaise de 1791, les chantiers navals de Gdansk (1981). En Allemagne, le château médiéval d’Hambach réunit, lors d’une grande fête, en 1832, le mouvement révolutionnaire allemand, mobilisé en faveur des droits fondamentaux et des libertés politiques, ainsi que pour la démocratie en Allemagne et en Europe.

Plus proche de nous, Bruxelles et Strasbourg se partagent l’essentiel des bâtiments symboliques de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe : à Strasbourg, le palais de l’Europe, siège du Conseil de l’Europe depuis 1977, et dû à l’architecte Henry Bernard, la Cour européenne des droits de l’Homme, occupant depuis 1998 un bâtiment de Richard Rogers, et le palais du Parlement européen, œuvre collective de 1998 ; à Bruxelles, le Berlaymont, siège de la Commission européenne, conçu par Lucien de Vistel et réalisé par Jean Gilsor, André et Jean Polak en 1960, et le bâtiment Europa, siège du Conseil européen et du Conseil de l’Union européenne, œuvre de Philippe Samyn and Partners, inauguré en 2016.

Participent aussi de cette catégorie des lieux de mémoire, comme les maisons des penseurs et des fondateurs de l’Europe, ouvertes au public : Hauteville-House, maison de Victor Hugo à Guernesey, la maison de Robert Schuman à Scy-Chazelle (57), celle de Jean Monnet à Bazoches-sur-Guyonne (78), celle d’Alcide de Gasperi à Pieve Tesino (Italie) ou celle de Konrad Adenauer à Bad Honnef (Allemagne).

Patrimoine commun, mais patrimoine divers : le patrimoine européen illustre la réalité même de l’Europe. C’est cette réalité que l’édition 2018 des Journées européennes du patrimoine illustrera, en cette année hautement symbolique pour les anciens belligérants de la Première Guerre mondiale, désormais unis, en Europe, autour d’un passé et pour un projet communs.